Discours
de M. Nicolas Sarkozy,
président de
la République
(Tanger 23 octobre 2007)
Mesdames
et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Je
suis venu adresser au
Maroc, le salut de la
France et redire au
peuple marocain l’indéfectible
amitié du peuple
français.
Ce
matin j’ai parlé
aux représentants
du peuple marocain des
relations entre nos
deux nations.
Ce
sont deux vieilles nations
qui ont toujours été
jalouses de leur indépendance.
Ce
sont deux vieilles nations
qui ont subi toutes
les invasions et qui
à chaque fois
sont ressorties des
épreuves que
le destin leur imposait
plus libres, plus fières
et plus grandes.
Le
Maroc et la France,
ce sont deux vieilles
nations qui ont brassé
les peuples, les croyances,
les langues et les cultures
et qui ont su tirer
leur unité de
leur diversité,
deux vieilles nations
qui se sont toujours
vécues comme
des creusets, deux vieilles
nations qui se sont
forgées chacune
au fil des siècles
une identité
forte et une identité
singulière, deux
vieilles nations qui,
parmi d’autres,
incarnent pour tous
les hommes un idéal
qui les dépasse,
une cause plus grande
qu’elles-mêmes,
une valeur spirituelle
et morale sans commune
mesure avec les moyens
matériels qui
sont les leurs, avec
leur taille, avec leur
population, avec leur
économie.
Ce
qui fait que depuis
toujours en vérité,
par-delà les
vicissitudes de l’histoire,
le Maroc et la France,
c’est ce qui fait
que le Maroc et la France
s’aiment et se
comprennent.
Comment
venir au Maroc pour
un chef de l’Etat
français sans
évoquer la grande
figure de Lyautey, ce
grand soldat placé
par le hasard des circonstances
à la tête
d’un protectorat
et qui n’eut jamais
d’autre objectif,
à rebours des
préjugés
et de l’idéologie
qui dominaient alors
les esprits, que de
protéger le peuple
marocain, parce qu’il
aimait et parce ce qu’il
respectait, de valoriser
la richesse de votre
patrimoine et la grandeur
de votre civilisation
et d’apprendre
aux Marocains et aux
Français à
s’aimer et à
se respecter.
Lyautey
avait compris avant
tout le monde que nul
ne pourrait s’opposer
à l’aspiration
des peuples à
disposer d’eux-mêmes
et il s’était
fait un devoir de les
accompagner sur le chemin
de cette liberté.
Il
fut l’un de ceux
qui ont préparé
l’avènement
du Maroc moderne.
Il
fut l’un de ceux
grâce auxquels
un sentiment de fraternité
a pu s’établir
entre le Maroc et la
France malgré
les fautes et parfois
les crimes que le protectorat
avait engendrés.
Cette
fraternité, elle
sera scellée
par le sang versé
des vingt-cinq mille
soldats marocains morts
pour la France et pour
sa liberté.
C’est
sur cette fraternité
que la France veut fonder
sa relation avec le
Maroc.
Cette
fraternité, c’est
celle qui unit deux
peuples que leur histoire
a portés à
l’ouverture aux
autres, à la
tolérance, au
respect de la dignité
de la personne humaine,
à des formes
d’humanisme beaucoup
plus proches l’une
de l’autre que
les apparences pourraient
le laisser croire.
C’est
ici, très exactement
ici au point de rencontre
de l’Europe et
de l’Afrique,
au point de rencontre
de la chrétienté
et de l’islam,
sur cette terre qui
fut le foyer de la grande
civilisation arabo-hispanique,
au milieu de ce peuple
marocain qui n’a
jamais haï personne,
de ce peuple marocain
qui n’a jamais
persécuté
personne, de ce peuple
marocain qui s’est
battu farouchement que
pour être libre
et de ce peuple marocain
dont l’honneur
est d’avoir protégé
les Juifs quand, toute
l’Europe ils étaient
pourchassés pour
être exterminés.
Ici, on a protégé
des juifs.
C’est
ici donc, au milieu
de ce peuple marocain
si profondément
civilisé, dépositaire
de tant d’héritage.
C’est
ici dans cette ville
de Tanger qui fut tour
à tour phénicienne,
carthaginoise, romaine,
byzantine, arabe, portugaise,
anglaise, internationale,
cette ville de Tanger,
qui vit passer Espagnols,
Allemands, Français
et qui est redevenue
pour toujours pleinement
marocaine,
C’est
ici dans ce grand port
du Maroc sur la Méditerranée,
c’est ici où
pour la première
fois un souverain marocain
osa parler à
haute voix de l’indépendance
du Maroc et de la fin
des empires coloniaux,
c’est
ici où le Maroc
affiche sa volonté
d’être d’abord
une puissance méditerranéenne,
c’est
ici, dans ce port, dont
le Maroc veut faire
l’un des plus
grands et l’un
des plus actifs de toute
la Méditerranée,
c’est
ici que j’ai souhaité
lancer à tous
les peuples de la Méditerranée
l’appel pressant
et solennel à
s’unir autour
du plus beau et du plus
grand des idéaux
humains.
Ici,
dans cette ville de
Tanger qui a vécu
toute son histoire à
l’unisson de tous
les drames de la Méditerranée
et qui en a partagé
aussi tous les succès,
toutes les avancées,
toutes les conquêtes
intellectuelles et spirituelles,
de cette ville de Tanger
je veux dire à
tous les Méditerranéens
qu’ils ne seront
réellement fidèles
à l’héritage
de culture, de civilisation,
d’humanité,
de foi dont ils sont
les dépositaires
que s’ils deviennent
capables de comprendre
que ce qui les sépare
est infiniment moins
important que ce qui
les rapproche et s’ils
ont la volonté
de se parler et d’agir
ensemble au nom de tout
ce que nous avons en
commun.
On
n’a pas cessé
depuis des décennies
de parler de tout ce
qui unit les hommes
autour de la Méditerranée.
On
n’a pas cessé
de vanter les mérites
du dialogue des cultures,
des civilisations et
des religions.
Au
monde méditerranéen
qui n’a pas cessé
depuis des siècles
d’être écartelé
entre l’esprit
des croisades et l’esprit
du dialogue, qui n’a
pas cessé d’être
tiraillé entre
la haine et la fraternité,
qui n’a pas cessé
d’hésiter
finalement entre la
civilisation et la barbarie,
je veux dire que le
temps n’est plus
au dialogue puisqu’il
est à l’action,
qu’il n’est
plus temps de parler
parce qu’il est
venu le temps d’agir.
A
tous les Méditerranéens
qui n’arrivent
pas à sortir
des cycles infernaux
de la vengeance et de
la haine, à tous
les Méditerranéens
qui rêvent de
paix et de fraternité
et qui ne voient partout
que la guerre de tous
contre tous, à
tous les Méditerranéens
qui sont pétris
de tolérance
et d’humanisme
et qui se désespèrent
de ne rencontrer que
l’intolérance
et l’intégrisme,
je veux dire que le
moment est venu de passer
du dialogue à
la politique, que le
moment est venu de cesser
de discuter pour commencer
à construire.
A
tous les Méditerranéens,
à tous les peuples
qui vivent dans cette
lumière miraculeuse
qui a éclairé
les plus beaux rêves
de l’humanité,
a
tous les hommes de bonne
volonté qui se
souviennent en regardant
la mer qu’ils
sont les fils de ceux
qui par la foi et par
la raison ont mis pour
la première fois
l’Homme au centre
de l’univers et
lui ont appris que son
histoire était
tragique,
à
tous les hommes, à
toutes les femmes qui
se sentent les héritiers
de ceux qui ont appris
à l’humanité
une autre façon
de croire, une autre
façon de penser.
Je
veux dire que le moment
est venu de mettre toutes
leurs forces et tout
leur cœur à
bâtir l’Union
de la Méditerranée,
car ce qui se joue là
est absolument décisif
pour l’équilibre
du monde. Pas seulement
décisif pour
l’avenir des peuples
riverains, décisif
pour l’avenir
de l’humanité.
En
Méditerranée,
se décidera si
oui ou non les civilisations
et les religions se
feront la plus terrible
des guerres. En Méditerranée
se décidera de
savoir si oui ou non
le Nord et le Sud vont
s’affronter, en
Méditerranée
se décidera de
savoir si oui ou non
le terrorisme, l’intégrisme,
le fondamentalisme réussiront
à imposer au
monde leur registre
de violence et d’intolérance.
Ici on gagnera tout
ou on perdra tout.
Là
se décidera une
forte décision
de l’avenir de
l’Europe et l’avenir
de l’Afrique.
Car
l’avenir de l’Europe,
je n’hésite
pas à le dire,
il est au Sud. En tournant
le dos à la Méditerranée,
l’Europe se couperait
non seulement de ses
sources intellectuelles,
morales, spirituelles,
mais également
de son futur. Car c’est
en Méditerranée
que l’Europe gagnera
sa prospérité,
sa sécurité,
qu’elle retrouvera
l’élan
que ses pères
fondateurs lui avaient
donné.
C’est
à travers la
Méditerranée
que l’Europe pourra
de nouveau faire entendre
son message à
tous les hommes.
C’est
par la Méditerranée,
dans la prise de conscience
de ce qu’elle
lui doit, que l’Europe
retrouvera son identité,
que son projet retrouvera
le sens qu’il
n’aurait jamais
dû perdre, qui
est celui d’un
projet de civilisation.
C’est
à travers la
Méditerranée
que l’Europe et
l’Afrique s’uniront.
C’est
à travers la
Méditerranée
que l’Europe et
l’Afrique se construiront
une destinée
commune.
C’est
à travers la
Méditerranée
que l’Europe et
l’Afrique pèseront
ensemble sur le destin
du monde et sur le cours
de la mondialisation.
C’est
à travers la
Méditerranée
que l’Europe et
l’Afrique tendront
la main à l’Orient.
Car
si l’avenir de
l’Europe est au
Sud, celui de l’Afrique
est au Nord.
J’appelle
tous ceux qui le peuvent
à s’engager
dans l’Union méditerranéenne
parce qu’elle
sera le pivot de l’Eurafrique,
ce grand rêve
capable de soulever
le monde.
L’Union
méditerranéenne,
c’est un défi,
un défi pour
chacun d’entre
nous, peuples de la
Méditerranée.
C’est
un effort que chacun
d’entre nous devra
faire sur lui-même
pour surmonter les haines
et les rancoeurs que
les enfants héritent
de leurs pères
depuis des générations
à qui on apprend
à détester
l’autre, le voisin,
le différent.
C’est
un effort pour que chacun
cesse de transmettre
la haine pour transmettre
l’amour, cet amour
qui est déjà
dans le cri d’Antigone,
il y a 2500 ans : «
Je suis née pour
partager l’amour,
non pour partager la
haine ». Cet amour
qui est l’essence
du judaïsme, cet
amour qui est l’essence
du christianisme, cet
amour qui est l’essence
de l’islam et
que les fanatiques n’ont
eu de cesse de vouloir
étouffer, cet
amour qui est dans notre
culture, qui est dans
notre pensée,
qui est dans notre religion,
dans notre art, dans
notre poésie
mais qui n’est
pas assez dans les cœurs
parce que ce sont des
cœurs blessés
que les cœurs des
peuples de la Méditerranée,
des cœurs déchirés
par d’horribles
souffrances et le souvenir
d’atroces douleurs.
Au
lendemain de la seconde
guerre mondiale, l’Europe
a vécu l’un
de ces moments terribles
où la souffrance
et la douleur crient
plus fort que l’amour.
L’Europe, elle,
a réussi à
les surmonter. Après
tant de meurtres, après
tant de sang, après
tant de violences et
de barbaries depuis
des siècles,
l‘Europe s’est
engagée sur le
chemin de la paix et
de la fraternité.
La
France appelle tous
les peuples de la Méditerranée
à faire la même
chose, avec le même
objectif et avec la
même méthode.
Nous
ne bâtirons pas
l’Union de la
Méditerranée
sur l’expiation
par les fils des fautes
de leurs pères.
Nous ne bâtirons
pas l’Union de
la Méditerranée
sur la repentance, pas
plus que l’Europe
ne s’est construite
sur l’expiation
et sur la repentance.
Jean Monnet et Robert
Schuman n’ont
pas dit aux Allemands
: « expiez d’abord,
nous verrons après
». Ils leur ont
dit : « construisons
ensemble un avenir commun
».
Le
Général
de Gaulle n’a
pas dit au Chancelier
Adenauer : « expiez
d’abord, nous
nous serrerons la main
ensuite ». Il
lui a dit : «
maintenant, soyons amis
pour toujours ».
Nous
bâtirons l’Union
de la Méditerranée
comme l’Union
de l’Europe sur
une volonté politique
plus forte que le souvenir
de la souffrance, sur
la conviction que l’avenir
compte davantage que
le passé.
Il
ne s’agit pas
d’oublier. Il
ne s’agit pas
de faire la politique
de la table rase. Il
ne s’agit pas
de faire comme s’il
n’y avait pas
eu d’histoire.
Vouloir
l’Union de la
Méditerranée,
ce n’est pas vouloir
effacer l’histoire,
ce n’est pas vouloir
tout recommencer à
zéro. Mais c’est
vouloir prendre l’histoire
où elle en est
et la continuer au lieu
de la ressasser. La
Méditerranée
n’est pas une
page blanche mais tout
son avenir n’est
pas contenu dans son
passé. Son avenir
n’est pas condamné
à être
la répétition
de son passé.
Faisons
ce qu’ont fait
les pères fondateurs
de l’Europe. Tissons
entre nous des solidarités
concrètes, sans
cesse plus étroites,
autour de projets pragmatiques
qui mettent en jeu les
intérêts
vitaux de tous nos peuples.
Faisons
comme les pères
fondateurs de l’Europe
qui ont fait travailler
ensemble des gens qui
se haïssaient pour
les habituer à
ne plus se haïr.
Nous
ne ferons pas d’emblée
l’Union Méditerranéenne
sur le modèle
actuel de l’Union
Européenne avec
ses institutions, ses
administrations, son
degré élevé
d’intégration
politique, juridique,
économique. Comme
l’Union Européenne
ne ressemble finalement
à rien de ce
qui a pu être
tenté jusqu’à
présent pour
unir des peuples, il
est probable que l’Union
Méditerranéenne,
à terme, ne ressemblera
pas à l’Union
européenne et
à ce qu’elle
est devenue mais qu’elle
sera elle aussi, en
fin de compte, une expérience
originale et unique.
Cette
expérience originale,
unique, c’est
à nous, c’est
à notre génération
de l’engager,
c’est à
notre génération
de créer les
conditions de sa réussite,
c’est à
notre génération
de rendre irréversible
le projet d’Union
de la Méditerranée.
Car
cette Union ne se fera
pas en un jour, mais
nous aurons rempli notre
mission historique si,
après nous, plus
personne ne songe à
revenir en arrière
et si tout le monde
au contraire veut aller
à partir de ce
que nous aurons fait,
vers davantage d’entente,
de coopération,
de solidarité.
C’est
notre responsabilité
non seulement politique
mais morale de faire
ce pari que tant de
gens, il y a peu de
temps encore, jugeaient
impossible, déraisonnable,
et pour lesquels désormais
tant de gens autour
de la Méditerranée
sont prêts à
s’engager. Comme
au début de toute
aventure inédite,
le scepticisme, il y
a quelques mois, lorsque
j’en ai parlé,
était grand.
Mais les sceptiques
sont de moins en moins
nombreux parce que beaucoup
d’entre eux ont
compris que ce qui était
déraisonnable,
c’était
de continuer comme si
rien n’était.
Parce qu’ils ont
compris que ce qui était
suicidaire, c’était
de ne rien tenter, de
ne rien essayer. Parce
qu’ils ont compris
que ce qui était
dangereux, ce n’était
pas l’audace mais
l’absence d’audace.
Ils
ont compris qu’à
Barcelone en 1995, l’Europe
avait pris conscience
de ce qui se jouait
pour elle et pour le
monde en Méditerranée.
Ils
ont compris qu’en
s’engageant dans
le dialogue entre l’Europe
et la Méditerranée,
l’Union Européenne
avait fait un choix
décisif.
Ils
ont compris que le processus
de Barcelone, la politique
de voisinage de l’Union
Européenne, les
coopérations
qui se sont tissées
entre les pays de la
Méditerranée
occidentale, le Forum
Méditerranéen,
et toutes les initiatives
qui, dans la recherche,
dans l’université,
dans l’économie,
dans la culture, dans
la santé, dans
la lutte contre le terrorisme
contribuent à
réunir les deux
rives de la Méditerranée
sont les signes qu’une
volonté existe.
Mais
ils ont compris aussi
que cela ne pouvait
pas suffire, qu’il
fallait que tout ce
qui est bien engagé
continue mais qu’il
était nécessaire
d’aller plus loin,
plus vite, qu’il
fallait franchir une
étape, qu’il
fallait oser imaginer
autre chose qui pourrait
tout changer, qu’il
fallait cristalliser
les initiatives en cours,
passer à une
autre échelle,
à une autre vitesse,
pour faire basculer
le destin de la Méditerranée
du bon côté.
C’est
cela le projet de l’Union
Méditerranéenne
: une rupture. Une rupture
avec des comportements,
avec des modes de pensée,
avec des précautions,
avec un état
d’esprit qui tourne
le dos à l’audace
et au courage.
On
n’a aucune chance
de changer le cours
de l’histoire
et de changer le monde
si l’on ne prend
pas de risque. Je n’ai
pas été
élu pour tourner
le dos au risque. On
ne fait rien, ou pas
assez, quand on n’est
pas prêt à
prendre le risque d’échouer.
La
rupture courageuse,
audacieuse, qui changerait
tout, c’est que
les peuples de la Méditerranée
décident enfin
de prendre en main leur
destin, d’écrire
eux-mêmes, ensemble,
leur avenir, d’assumer
collectivement une responsabilité,
une solidarité
que l’histoire
de la longue durée
et la géographie
leur imposent et de
ne plus jamais laisser
personne décider
à notre place.
Le
pari audacieux et courageux
qui, aujourd’hui,
peut changer le destin
de la Méditerranée
et, à travers
lui, celui de l’Europe,
celui de l’Afrique
et celui du monde car
une partie du sort du
monde se joue ici, ce
pari, c’est qu’à
l’appel lancé
de tous les peuples
de la Méditerranée
- je dis bien à
tous - à s’engager
dans le processus historique
qui les conduira vers
leur unité, ce
pari c’est que
tous répondront
présent.
L’audace
et le courage, c’est
d’oser appeler
tous avec la même
conviction et de penser
que cet appel sera plus
fort que la guerre.
L’audace
et le courage, c’est
d’oser dire aux
pays riverains de la
Méditerranée
qu’ils ne forment
pas deux blocs se faisant
face de part et d’autre
de la mer mais qu’ils
forment, tous ensemble,
une communauté
de destin dans laquelle
chacun à sa part
et que tous les peuples
de la Méditerranée
sont égaux en
dignité, en droits
et en devoirs.
L’audace
et le courage, c’est
d’oser dire à
des pays qui se combattent
que faire de la Méditerranée
la mer la plus propre
du monde est pour chacun
d’entre eux un
enjeu vital et que tous
n’auront d’autre
choix qu’à
travailler ensemble
pour atteindre cet objectif.
L’Union
de la Méditerranée
doit être pragmatique
: elle sera à
géométrie
variable selon les projets.
Comme
l’Europe avait
commencé avec
le charbon et l’acier
et avec le nucléaire,
l’Union de la
Méditerranée
commencera avec le développement
durable, l’énergie,
les transports, l’eau.
Mais
au contraire de l’Europe
qui les avait longtemps
oubliés derrière
l’économie,
l’Union de la
Méditerranée
mettra d’emblée
au rang de ses priorités
la culture, l’éducation,
la santé, le
capital humain. Elle
mettra au rang de ses
priorités la
lutte contre les inégalités
et la justice sans lesquelles
il n’y a pas de
paix possible.
L’Union
de la Méditerranée,
ce sera d’abord
une union de projets.
Mais avec un but : faire
de la Méditerranée
le plus grand laboratoire
au monde du co-développement,
où le développement
se décide ensemble
et se maîtrise
ensemble, où
la liberté de
circulation des hommes
se construit ensemble
et se maîtrise
ensemble, où
la sécurité
s’organise ensemble
et se garantit ensemble.
L’Union
de la Méditerranée,
dans l’esprit
de la France, n’a
pas vocation à
se substituer à
toutes les initiatives,
à tous les projets
qui existent déjà,
mais elle a vocation
à leur donner
un élan nouveau,
un nouveau souffle.
Elle a vocation à
faire converger vers
un même but, à
fédérer
toutes les idées,
toutes les énergies,
tous les moyens.
L’Union
de la Méditerranée,
ce sera d’abord
comme l’Europe
à ses débuts,
une volonté politique.
Celle-ci doit se traduire
dans des actions, dans
des stratégies,
dans des objectifs communs.
Elle
doit s’exprimer
dans un engagement des
chefs d’Etat et
de gouvernement.
Au
nom de la France qui
a décidé
de s’engager de
toutes ses forces dans
ce projet, au nom de
tous les peuples de
la Méditerranée
dont les destins sont
liés les uns
aux autres, au nom de
nos enfants, qui, un
jour, nous demanderons
compte de ce que nous
avons fait, j’invite
tous les chefs d’Etat
et de gouvernement des
pays riverains de la
Méditerranée
à se réunir
en France en juin 2008
pour jeter les bases
d’une union politique,
économique et
culturelle fondée
sur le principe d’égalité
stricte entre les nations
d’une même
mer, l’Union de
la Méditerranée.
J’invite
tous les Etats qui ne
sont pas riverains de
la Méditerranée
mais qui sont concernés
par ce qui lui arrive
à participer,
en observateurs, à
ce premier sommet et
à contribuer
à sa réussite.
Dans
l’esprit de la
France, l’Union
de la Méditerranée
ne se confond pas avec
le processus euro-méditerranéen
mais elle ne se construira
ni contre l’Afrique
ni contre l’Europe.
Elle se construira avec
elles, avec l’Europe,
avec l’Afrique.
Je
proposerai que la Commission
européenne soit
d’emblée
pleinement associée
à l’Union
de la Méditerranée,
qu’elle participe
à tous ses travaux,
de façon à
ce que les rapports
entre les deux Unions
soient des rapports
de partenariat et de
complémentarité,
de façon à
ce que les deux Unions
s’épaulent
et se renforcent l’une
l’autre et que,
progressivement, elles
se forgent un seul et
même destin.
Dans
les mois qui viennent,
je consulterai tous
les pays riverains de
la Méditerranée
sur l’ordre du
jour du sommet à
venir. Je leur proposerai
de travailler sur une
dizaine de projets concrets
autour desquels pourront
se nouer les coopérations
à venir.
Ce
projet de l’Union
de la Méditerranée
ne sera pas le projet
de la France. Ce sera
le projet de tous. Elaboré
par tous. Il ne réussira
que si chacun s’y
engage et y met une
part de lui-même.
D’ores et déjà,
nombreux sont ceux qui
s’y engagent résolument.
Ce
projet ne peut naître
que de la volonté
commune, de la réflexion
partagée et c’est
l’histoire à
venir, celle que nous
écrirons ensemble,
nous, peuples de la
Méditerranée,
qui en définirons
peu à peu, les
contours et le visage.
A
ceux qui voudraient
que tout soit décidé
par avance pour commencer
à croire que
cela peut réussir,
je voudrais rappeler
comment s’est
faite l’Europe,
qui est encore, aujourd’hui,
inachevée.
Je
voudrais leur rappeler
qu’elle fut d’abord
un acte de foi, un rêve
qui passait pour fou
avant de devenir une
réalité.
L’Union
de la Méditerranée,
nous la ferons si nous
le voulons.
La
France le veut. Le Maroc
le veut.
Je
sais qu’au fond
d’eux-mêmes,
tous les peuples de
la Méditerranée
le veulent et qu’ils
ne se laisseront pas
prendre en otage par
la haine, par la violence
et par la détestation
de l’autre.
Je
sais qu’au fond
de chaque homme et de
chaque femme qui vit
sur les rives de la
Méditerranée,
gît le souvenir
et le regret d’une
unité perdue
depuis 15 siècles.
Je sens l’enthousiasme
qui monte et l’envie
d’y croire qui
renaît.
Pendant
15 siècles, tous
les projets pour ressusciter
l’unité
de la Méditerranée
ont échoué,
comme ont échoué
jadis tous les rêves
d’unité
européenne, parce
qu’ils étaient
portés par des
rêves de conquêtes
qui se sont brisés
sur le refus de peuples
qui voulaient rester
libres.
Le
projet que la France
propose aujourd’hui
à tous les peuples
de la Méditerranée
de construire ensemble,
ce n’est pas un
rêve de conquête,
c’est un projet
porté par un
rêve de paix,
de liberté, de
justice, un projet qui
ne sera imposé
à personne parce
qu’il sera voulu
par chacun.
Peuples
de la Méditerranée,
notre avenir est à
nous, ne laissons personne
nous le prendre, ne
laissons personne nous
voler nos rêves
et nos espoirs.
Peuples
de la Méditerranée,
nous allons montrer
à tous les hommes
ce que peut accomplir
encore un grand rêve
de civilisation et nos
enfants seront fiers
de ce que nous aurons
réalisé
ensemble.
Je
vous remercie.