CONSEIL
EUROPEEN
CONFERENCE DE PRESSE
FINALE DU PRESIDENT
DE LA REPUBLIQUE, M.
NICOLAS SARKOZY
(Bruxelles,
20 juin 2008)
Mesdames
et Messieurs,
Le
Conseil n'est pas totalement
terminé. Ce Conseil
européen était
d'une importance particulière
compte tenu des résultats
du référendum
en Irlande. Il était
essentiel pour l'Europe
de faire preuve d'unité
et de résolution.
Je pense que cela a
été le
cas et je voudrais tout
d'abord remercier la
Présidence slovène
pour ces deux journées
qui viennent de conclure
un sommet, qui a permis
des résultats
importants.
Je
pense à l'accord
sur le marché
intérieur de
l'électricité
et du gaz. L'accord
franco-allemand a permis
d'obtenir un bon compromis.
Je
pense à l'accord
sur les directives relatives
au temps de travail
et à la protection
des travailleurs intérimaires.
Je
pense à l'adoption
d'un mandat pour engager,
enfin, des négociations
avec la Russie.
Nous
avons eu une discussion
très approfondie
lors d'un dîner
hier soir sur le Traité
de Lisbonne.
Nous
avons commencé
par écouter ce
que le Premier ministre
irlandais, Brian Cowen,
avait à nous
dire sur les raisons
du vote des Irlandais.
Nous
nous sommes mis d'accord
sur trois points après
une discussion très
approfondie.
Le
premier point, c'est
que, bien sûr,
nous devions tous respecter
le choix démocratique
des Irlandais. Le "non"
irlandais est une réalité
politique qu'il faut
respecter. Le Premier
ministre irlandais a
souhaité avoir
du temps pour que l'Irlande
puisse avoir un débat
sur les suites à
donner à ce vote
négatif. Nous
avons tous compris cette
demande.
Deuxième
point d'accord, c'est
que le Traité
de Lisbonne existe.
Il a été
signé par les
vingt-sept chefs d'Etat
ou de gouvernement.
Aujourd'hui, dix-neuf
pays l'ont approuvé,
un l'a rejeté.
Nous avons pris la décision
que le processus de
ratification devait
se poursuivre dans tous
les Etats membres à
l'exception, bien sûr,
de ce que je viens de
dire sur l'Irlande.
C'est
dans ce sens que tous
nos partenaires ont
réagi. C'est
maintenant la position
du Conseil. C'était
une position importante,
bien sûr, parce
que cela ne sert à
rien de se masquer la
réalité.
L'Irlande, c'est un
problème, mais
si nous avions un deuxième,
voire un troisième
problème, cela
deviendrait très
difficilement solutionnable.
Troisième
point d'accord, c'est
que nous avons considéré
qu'il fallait nous donner
un délai pour
réfléchir
à la meilleure
solution s'agissant
de l'Irlande mais nous
nous sommes mis d'accord
sur deux principes.
Le
premier, c'est qu'il
nous faut une solution
à vingt-sept.
C'est ce que je vous
disais hier soir, le
rôle de la Présidence
française sera
d'amener la famille
européenne au
complet et, au complet,
c'est vingt-sept.
Le
deuxième point
d'accord, c'est qu'une
renégociation
du traité est
exclue. On ne va pas
refaire un Traité
simplifié bis.
Nous ferons concrètement
un point d'étape
en octobre sous Présidence
française. Il
faut être lucide,
le Traité de
Lisbonne n'entrera pas
en vigueur le 1er janvier
2009 mais ce qu'il faut,
c'est que nous ne prenions
pas de retard car le
monde change vite et
ne nous attend pas.
Un nouveau président
des Etats-Unis sera
en place en janvier
2009, l'Europe doit
se doter au plus vite
d'institutions plus
efficaces.
Je
me rendrai donc à
Dublin, dès le
mois de juillet, en
ma qualité de
président en
exercice du Conseil
européen, à
l'invitation du Premier
ministre irlandais Brian
Cowen. Vraisemblablement
ce sera le 11 juillet.
Je suggère cette
date, elle est à
peu près sûre.
Par
ailleurs, ce matin,
nous avons tenu une
réunion à
trois, avec le Premier
ministre suédois
M. Reinfeldt, le Premier
ministre tchèque
M. Topolanek, qui seront
les deux présidences
suivant la Présidence
française. Je
leur ai proposé
d'installer, en quelque
sorte, une présidence
commune dès maintenant.
C'est ainsi que je les
recevrai à Paris,
dès le 12 au
soir, pour leur faire
le compte-rendu du voyage
que j'aurais effectué
à Dublin. C'est
ainsi également
que nous avons décidé
d'assurer le suivi de
nos trois Présidences
par un travail en commun
qui me fera préparer
le Conseil européen
d'octobre avec eux.
L'Europe
a besoin d'unité,
elle n'a pas besoin
de division et les trois
Présidences qui
s'annoncent, française,
dans l'ordre, tchèque
et suédoise,
nous allons essayer,
nous avons même
décidé
de les gérer
ensemble, de prendre
des initiatives ensemble,
de mettre des solutions
de compromis ensemble.
C'est la première
fois que cela se passe.
Et d'aller ensemble
vers l'unité.
Ce qui est très
important, c'est que
ces trois pays, outre
leur diversité
géographique,
n'ont pas toujours eu
les mêmes positions
- c'est le moins que
l'on puisse dire - entre
la Suède et la
France, avec notamment
la Politique agricole
commune ou même
entre la République
tchèque et la
France sur le Traité
de Lisbonne. Eh bien,
justement, nous avons
décidé,
quels que soient nos
désaccords, de
nous mettre ensemble
pour assurer une présidence
de dix-huit mois, en
quelque sorte, puisque
cela sera une présidence
commune, en tout cas,
mise en commun.
Enfin,
le Conseil a demandé
à la Présidence
française que
ce "non" irlandais
ne se traduise pas par
un immobilisme de l'Europe.
D'ailleurs, le "non"
irlandais n'est pas
simplement un rejet
du Traité de
Lisbonne, c'est au fond
un rejet d'une certaine
Europe trop technocratique,
trop abstraite, trop
lointaine, que les gens
ne comprennent plus
et qui inquiète
plutôt que de
les rassurer.
Ce
qui est important, c'est
que l'Europe soit capable
de réagir pour
retrouver la confiance
des Européens
en apportant des réponses
concrètes aux
problèmes concrets
des Européens,
sur le changement climatique,
sur la sécurité
énergétique,
sur l'immigration, sur
la sécurité
alimentaire et sur la
meilleure façon
de protéger les
Européens dans
un monde incertain.
Ces
défis seront
à l'ordre du
jour de la Présidence
française. Le
Conseil européen
a été
unanime et a demandé
que cette Présidence
soit la plus ambitieuse
possible. Sur ce point,
je me réjouis
de l'accueil très
positif qu'a reçu
l'idée française
d'un pacte européen
sur l'immigration. Le
Conseil européen
a salué l'idée
française du
pacte européen
sur l'immigration. Nous
présenterons
donc ce pacte au début
du mois de juillet et
j'ai bon espoir que
nous puissions l'adopter
dès le Conseil
européen d'octobre,
même si j'ai bien
conscience que cela
présente des
délais très
brefs. Mais, au fond,
la meilleure réponse
à la difficulté
institutionnelle, c'est
de montrer que, nonobstant
cette difficulté,
l'Europe continue à
travailler et à
avancer.
L'autre
sujet essentiel à
notre ordre du jour
était l'envolée
des prix des matières
premières et
notamment le cours du
pétrole. Il s'agit
d'une crise qui concerne
tous les Européens.
L'Europe a le devoir
d'agir, d'apporter des
réponses à
la préoccupation
des Européens.
Plusieurs pays ont fait
des propositions, la
Grèce, l'Autriche,
l'Italie, la France.
Comme vous le savez,
la France propose de
plafonner le taux de
TVA au-delà d'un
certain prix du baril
de pétrole. Par
exemple au-delà
de 150 dollars le baril,
la TVA resterait calculée
sur un prix de 130.
C'est un exemple, c'est
pour illustrer. Je ne
dis pas que c'est l'unique
solution, je ne dis
même pas que c'est
la meilleure, je dis
simplement qu'elle me
parait adaptée
puisque la TVA est un
impôt qui est
proportionnel au prix.
Le rendement de la TVA
augmente donc avec la
flambée des prix
et, comme nous sommes
en face d'une crise
sur le prix, la réponse
adaptée est une
réponse sur la
fiscalité sur
les prix. A 40 dollars
le baril et à
200 dollars le baril,
ce n'est pas normal
que la TVA reste au
même niveau.
La
Commission a reconnu
que cette idée
méritait d'être
étudiée.
Elle le fera au cours
des prochaines semaines
et nous examinerons
au cours du deuxième
semestre le fruit de
ses réflexions
et de ses éventuelles
propositions. J'insiste
sur cet enjeu qui est
très important.
L'Europe doit montrer
que, sur de telles questions
qui touchent la vie
quotidienne des citoyens,
pour répondre
à leur inquiétude,
nous avons une capacité
à agir. L'Europe
n'a pas été
inventée pour
être passive.
L'Europe a été
créée
pour agir, pour traiter
au fond les difficultés
de manière collective.
Alors, le Conseil européen
a donc demandé
à la future Présidence
française de
conduire, en collaboration
avec la Commission,
une étude sur
la faisabilité
des mesures fiscales
et autres proposées
par les Etats membres
pour limiter les effets
de la hausse du prix
du pétrole. Le
Conseil a donc demandé
à la Présidence
française, en
accord avec la Commission,
de présenter
un rapport avant le
Conseil européen
d'octobre sur cette
question. Il y a des
désaccords, vous
en avez d'ailleurs largement
fait écho mais
ces désaccords
n'ont pas empêché
que le Conseil demande
à la Présidence
française, en
accord avec la Commission,
en s'appuyant sur la
Commission, d'étudier
toutes les propositions
sur la table, d'en faire
rapport avant octobre,
pour voir les décisions,
qu'à ce moment-là,
il conviendra de prendre.
Chacun d'ailleurs comprendra
qu'en fonction de ce
que sera, à ce
moment-là le
prix du pétrole,
nous veillerons à
nous y adapter. Ce qui
ne m'empêche pas
de soutenir totalement
l'initiative de Gordon
Brown qui va aller à
Djeddah dimanche pour
discuter avec les producteurs,
Je ne pourrais pas y
aller puisque je serais
moi-même, à
ce moment-là,
en Israël. Nous
avons également
demandé à
la Commission de renforcer
sa vigilance sur la
transparence du marché,
de regarder les différents
intervenants, de voir
s'il n'y avait pas d'accord
pour profiter d'une
spéculation et,
dans ce cas, d'engager
des enquêtes systématiques.
Voilà
ce que j'avais à
vous dire sur ce deuxième
point important qui
est maintenant tranché.
Enfin, le Conseil européen
a consacré le
Sommet de Paris sur
la Méditerranée,
ainsi que les principes
auxquels nous tenons
: une impulsion politique
nouvelle à la
coopération en
Méditerranée
grâce à
des sommets tous les
deux ans, un véritable
partenariat entre le
Nord et le Sud, grâce
notamment à une
coprésidence
et le développement
de projets régionaux
concrets.
Honnêtement,
on n'a pas débattu
au fond de l'Union pour
la Méditerranée,
pour deux raisons. La
première c'est
que l'on est d'accord
et il me revient maintenant,
avec le président
Moubarak, de l'organiser
pour que le maximum
d'Etats membres puisse
y être représenté.
Et deuxièmement,
vous l'avez compris,
on a consacré
l'essentiel de nos travaux
à la hausse des
matières premières
et au "non"
irlandais.
Enfin,
en conclusion, je voudrais
également souligner
un point qui me parait
important, c'est l'entrée
de la Slovaquie dans
la zone euro. Ce sera
ainsi le premier pays
d'Europe centrale.
Enfin,
dernier élément,
j'ai rappelé
au Conseil quelque chose
qui me semble important.
Ce n'est pas une décision
du Conseil, c'est une
opinion mais dont j'ai
cru comprendre qu'elle
était partagée
par beaucoup. Pour que
l'élargissement
de l'Europe se poursuive,
il faut le Traité
de Lisbonne. S'il n'y
a pas de Traité
de Lisbonne, on en revient
au Traité de
Nice et le Traité
de Nice, c'est une Europe
à vingt-sept
qui ne peut pas s'élargir
sans qu'elle ait modifié
ses institutions.
Je
le dis très simplement,
très tranquillement.
La France est favorable,
par exemple, à
l'élargissement
aux Balkans, dans un
souci de stabilité.
Mais les pays qui sont
le plus favorables à
l'élargissement
aux Balkans doivent
en même temps
comprendre que pour
que cet élargissement
ait lieu, il serait
souhaitable, indispensable
d'avoir des nouvelles
institutions, parce
que si ce n'est pas
Lisbonne, c'est Nice.
Et Nice avait prévu
expressément
que l'Europe ne pouvait
pas aller au-delà
des Vingt-sept.
Je
crois qu'il y a un moment
donné où,
dans les affaires européennes,
il faut qu'il n'y ait
pas d'hypocrisie, il
faut que les choses
soient assez claires,
pour que chacun comprenne
bien les responsabilités
de chacune de ces décisions.
Pardon d'avoir été
long, voilà les
propos que je souhaitais
tenir avant de répondre
à vos questions.
Q
- Puisque vous avez
rencontré, vous
l'avez dit, votre homologue
tchèque, quel
est votre sentiment
sur la prochaine étape
qui nous intéresse,
qui nous inquiète,
à savoir une
ratification en République
Tchèque ?
R
- Oui, effectivement,
j'ai pris un petit-déjeuner
ce matin avec le Premier
ministre tchèque,
auquel s'était
joint, d'ailleurs, le
Premier ministre suédois.
C'est à lui de
parler, mais il nous
a très clairement
dit qu'il était
favorable à la
poursuite de la ratification.
Il l'a dit devant tous
nos partenaires. Donc
cela est un point positif.
Deuxièmement,
il lui faut attendre
la décision de
la Cour constitutionnelle,
qui, si je l'ai bien
compris, doit vérifier
la compatibilité
du Traité de
Lisbonne avec la Constitution
tchèque. Cela
devrait se situer quelque
part entre septembre
et octobre, donc compatible
avec le calendrier irlandais.
Et à partir de
ce moment-là,
il souhaitait qu'on
ne lui mette pas trop
de pression, qu'on leur
donne un peu de temps
et qu'il était
relativement confiant
sur les perspectives
de ratification. Tous
les autres Etats ont
dit qu'ils poursuivaient
normalement.
Q
- Monsieur le Président,
sur le pacte européen
concernant l'immigration,
que vous a dit M. Zapatero
? Est-ce qu'il est sur
la même longueur
d'onde que vous ? Il
y avait quelques divergences
notamment sur le contrat
d'intégration.
Et surtout, est-ce qu'il
vous a donné
des assurances à
l'avenir, visant à
ne plus opérer
de régularisation
massive ?
R
- Ecoutez, avec
l'Espagne on a travaillé
main dans la main pendant
deux jours, comme d'habitude.
C'est une habitude avec
M. Zapatero. J'avais
pris la peine de téléphoner
à Brice Hortefeux
avant. Il m'a indiqué
qu'il n'y avait plus
l'ombre d'un problème.
Il n'y a jamais eu de
problème et on
peut discuter sur le
contenu du pacte. Je
crois que l'Espagne
est très allante
pour adopter ce pacte
européen de l'immigration
et puis je ne pense
pas que, sur les régularisations
massives, M. Zapatero,
vis-à-vis de
lui-même et de
la société
espagnole ce soit son
intention de poursuivre.
Alors, on avait une
discussion sur les régularisations
au cas par cas et c'est
réglé,
on est tout à
fait d'accord. Donc,
à ma connaissance,
il n'y a pas de problème
et surtout, de cette
crise irlandaise, il
y a une volonté
de nos partenaires de
dire qu'il faut que
la Présidence
française propose
des décisions
concrètes et
donne le sentiment que
l'on ne va pas retomber
dans l'immobilisme du
fait des institutions.
Q
- Monsieur le Président,
est-ce qu'il y a eu
une position du conseil
européen sur
les déclarations
de la Bolivie, de l'Argentine,
du Brésil, de
l'Equateur sur notre
directive qui a été
votée par le
Parlement européen
sur l'immigration il
y a deux jours, nous
menaçant de revoir
nos investissements
en Amérique latine
et M. Chavez concernant
les fournitures de pétrole
?
R
- On n'en a pas
parlé du tout.
Q
- Est-ce que vous pensez
qu'il y a une chance
pour que votre proposition
sur la baisse de la
TVA soit adoptée
en octobre ?
R
- Il faut être
franc. Je pense que
ce n'est pas déjà
une petite chose d'avoir
obtenu que la Présidence
française soit
mandatée pour
l'étudier et
faire des propositions.
Ce n'était pas
gagné. Je respecte
les positions des autres,
notamment de nos amis
Allemands qui, grosso
modo, considèrent
qu'il y a un marché
et qu'il faut laisser
faire le marché.
Ce n'est pas ma position.
Je considère
qu'une fiscalité
proportionnelle au prix
ne peut pas rester la
même quand le
prix qui fixe sa proportion
est marqué par
une hausse qui n'est
pas linéaire
mais qui est exponentielle.
Donc, y compris vous,
beaucoup - et je peux
parfaitement les comprendre
- doutaient qu'on arriverait
à obtenir l'ouverture
de discussions et d'études
approfondies sur le
sujet. Alors, ce n'est
pas parce que l'on a
obtenu cela qu'on a
obtenu le résultat.
C'est parfaitement clair
et je veux être
honnête avec vous,
mais je ne céderai
pas. Je me battrai sur
le sujet parce que je
crois que c'est un élément
de l'efficacité
de l'Europe, de la protection
que l'Europe doit à
nos concitoyens et de
justice.
Prélever
20 % de fiscalité
sur un baril à
42 dollars et prélever
les mêmes 20 %
sur un baril à
139 dollars, ce n'est
pas la même chose.
J'ajoute, à titre
personnel, que c'est
quand même un
élément
très fort à
dire aux pays producteurs.
On dénonce la
spéculation,
à juste titre,
et l'envolée
des prix à la
production mais alors,
n'en profitons pas par
la taxation, ce qui
permettrait de présenter
un système gagnant-gagnant
aux producteurs. Essayer
de peser sur les prix
à la production
et nous en tiendrons
compte sur la taxation
puisque vous savez que
l'argument, souvent
- et non pas sans justesse
- évoqué
par les pays producteurs
est de dire : écoutez,
vous taxez jusqu'à
60 % ou 65 %. Alors,
encore une fois, la
TIPP est la mauvaise
réponse car la
TIPP reste la même,
elle n'est fonction
que du volume. Avec
le renchérissement
du prix, le volume diminue.
On ne va pas réduire
la TIPP. En revanche,
la TVA étant
axée exclusivement
sur le prix, si le prix
flambe, il faut poser
la question de la TVA.
Voilà ce que
l'on a obtenu, ni plus,
ni moins, mais ce n'est
pas rien. C'est trop
tôt mais, je crois
qu'il faut être
très sérieux
là-dessus et
je dis aux Européens
que je continuerai à
me battre sur ce sujet
parce que c'est un sujet
sur lequel je pense
qu'il y a quelque chose
à faire.
On
verra aussi avec l'évolution
des prix. Si les prix
se stabilisent, voire
s'ils baissent, ma proposition
aura moins de force.
Mais si jamais les prix
devaient continuer à
monter, qui pourrait
s'opposer à la
proposition de la France
? Voilà, c'est
dans ce cadre-là
que, j'ai voulu vous
dire les choses de la
façon la plus
honnête et la
plus concrète
possible.
C'est
déjà une
grande nouveauté
que l'Europe accepte
de surmonter ses divisions
pour aller sur ce terrain-là
et me demander de conduire,
en accord avec la Commission
- qui d'ailleurs l'avait
proposé - une
étude sur le
sujet. Parce que, bien-sûr,
vous comprenez bien,
c'était une des
craintes des Etats membres,
notamment de nos amis
allemands, de dire que
si l'étude conclut,
on sera obligé
de prendre une décision.
Vous savez, en Europe,
ce qui compte, c'est
de rentrer dans le bon
chemin. On en sort toujours
un jour, je ne sais
pas combien de temps,
mais il faut y rentrer
et nous y sommes.
Q
- Est-ce que la Commission
y a renoncé ?
R
- Non, la Commission
n'a pas renoncé.
C'est un compromis entre
Mme Merkel et moi. Mme
Merkel, considérant
que ce serait mieux,
puisque j'aurai la Présidence,
que je fasse les propositions
m'appuyant sur la Commission.
Donc, je demanderai
à la Commission
de faire cette étude,
je l'étudierai
de près et je
ferai des propositions
après avoir pris
contact avec nos partenaires
pour le Conseil du mois
d'octobre.
Q
- Ce n'est plus la Commission
qui a le monopole en
Europe ?
R
- Pour être
clair et totalement
transparent avec vous,
je pense que Mme Merkel
a voulu faire un geste
vis-à-vis de
la position française
et qu'elle était
plus à l'aise
dans une discussion
avec un président
de l'Europe français
qu'avec un mandat qui
aurait été
donné à
la Commission. La vision
que nous avons des choses
reste donc sur un terrain
politique. C'est l'accord
que nous avons trouvé
ce matin dans un entretien
entre Mme Merkel et
moi.
J'essaie
de dire les choses de
la façon la plus
pédagogique possible
et la plus exacte possible
parce qu'avec l'Europe,
on n'a pas assez expliqué
et l'on s'est trop abrité
derrière les
uns et les autres. Ce
ne sera pas ce que je
ferai. Ce n'est pas
ma conception de la
construction européenne.
Q
- Une question sur la
TVA. La législation
européenne prévoit
déjà qu'on
peut faire bouger les
taux de TVA. Pourquoi
n'utilisez-vous pas
cette possibilité
pour la baisser à
15% ?
R
- Je ne pense
pas qu'on puisse baisser
les taux de TVA de façon
solitaire. A ma connaissance,
on peut monter les taux
de TVA par une décision
nationale mais qu'on
ne peut pas les baisser
sans avoir l'accord
de tous nos partenaires.
C'est bien toute la
question sur la restauration,
sur les disques.
Je
précise, d'ailleurs,
que le président
Barroso, à qui
je veux rendre hommage
une nouvelle fois, est
maintenant assez ouvert
sur ces questions. J'espère
pouvoir obtenir une
décision sur
la restauration. Je
me battrai sur la question
de la fiscalité
des disques car, sur
les produits culturels,
je ne vois pas pourquoi
il y aurait une différence
de taxation entre le
livre et le disque.
J'ajoute que je crois
toujours avec autant
de force à une
fiscalité écologique.
Q
- Qu'est-ce que la Présidence
française compte
faire pour aider la
Grèce et la Macédoine
à trouver un
accord et permettre
à la Macédoine
d'ouvrir les négociations
d'adhésion ?
R
- Aimer la Grèce
et conseiller l'ARYM.
Vous savez très
bien la proximité
entre la France et la
Grèce. C'est
cela notre position.
S'agissant
de Skopje, ils doivent
faire preuve de compromis.
De toute manière,
là-aussi, je
vous renvoie à
ma première réflexion.
Il n'y aura pas d'élargissement
de l'Europe tant qu'il
n'y aura pas de nouvelles
institutions. J'ai été
de ceux qui ont contesté
l'idée de l'élargissement
sans le préalable
de la réforme
des institutions. L'Europe
l'a payé très
cher. J'étais
pour l'élargissement
- que les choses soient
claires - mais le moins
qu'on pouvait attendre
de l'Europe, c'est qu'elle
réforme ses institutions
avant de s'élargir.
On ne va pas recommencer.
D'ailleurs, on ne le
peut pas juridiquement,
autant l'affirmer politiquement.
Q
- L'INSEE publie ce
matin des prévisions
de croissance pour l'année
assez alarmistes, 1,6
%. Ce n'est pas l'hypothèse
sur laquelle repose
le budget. Est-ce que
vous ne craignez pas
un nouveau rappel à
l'ordre de la Commission
sous Présidence
française justement
?
R
- Ecoutez, s'il
doit y avoir rappel
à l'ordre, il
y aura rappel à
l'ordre. Depuis le temps
que je connais ces questions,
j'attends la note de
correction de l'INSEE.
Puisque vous le savez,
l'INSEE nous a habitués,
toutes ces dernières
années, à
faire une, deux, trois,
quatre corrections dans
l'année de ses
propres corrections.
Les prévisions
de l'INSEE, auxquelles
j'attache la plus importance,
c'est, en général,
la définitive.
Celle-ci ne l'est pas.
On m'a également
expliqué qu'en
2007, cela n'irait pas
bien, que le 1er trimestre
2008 était complètement
atone. On a eu trois
révisions de
prévisions de
l'INSEE. Je ne conteste
pas du tout. Je prends
cela pour ce que c'est.
Mais vous devez être
vous-même aussi
habitués à
ce que pour nous, ce
soit maintenant systématique.
Il y a des prévisions
qui sont faites suivies,
2 mois après,
d'une révision.
Cela
a été
systématique
depuis cinq ans sur
toutes les prévisions
faites pas l'INSEE.
Je ne critique pas,
simplement je précise.
J'aime bien, quand c'est
la prévision,
plutôt à
posteriori, c'est-à-dire
de manière récapitulative,
qu'ils nous disent :
voilà les bons
chiffres. On a déjà
eu cela l'année
dernière. On
l'a eu l'année
d'avant et on l'a eu
également l'année
d'avant. Et chacun de
faire des articles disant
que les prévisions
sont catastrophiques.
On prend un bon coup
sur le moral comme s'il
n'y avait pas assez
de mauvaises nouvelles,
pour s'apercevoir un
mois et demi après,
qu'on s'était
trompés. On fait
alors une révision.
Ne me demandez pas de
me passionner pour un
document dont je sais
qu'il sera révisé.
Je ne suis pas le seul,
vous aussi d'ailleurs
!
Q
- Concernant l'élargissement
vers les Balkans occidentaux
et, plus particulièrement
vers la Serbie, est-ce
que la Serbie peut espérer
ou attendre la candidature
pendant la Présidence
ou plutôt vers
la fin de la Présidence
française ?
R
- La France est
favorable à l'adhésion
de la Serbie. La Serbie
a beaucoup souffert
ces dernières
années et il
faut le dire avec un
sens de la responsabilité.
Par ailleurs, si j'étais
partisan en France d'une
nouvelle rédaction
du 88-5, c'est notamment
en pensant à
la Serbie. Je ne voulais
pas que vous soyez condamnés
à un référendum
automatique. J'ai pris
mes responsabilités.
Les journalistes français
ici peuvent en porter
témoignage. Sur
le principe, la France
considère qu'il
faut envoyer des signaux
positifs à la
Serbie mais la Serbie
sera la bienvenue, comme
la Croatie, comme les
autres Etats des Balkans
au moment où
nous aurons résolu
la crise institutionnelle
créée
par le "non"
irlandais. J'espère
que cela pourra se faire,
en tout état
de cause, avant les
prochaines élections
européennes.
Je ne mets la pression
sur personne et ce point
ne sera pas repris dans
le texte du Conseil
européen mais
chacun l'a bien en tête.
Il vaudrait mieux qu'on
soit sorti de cela avant
les élections
de juin 2009, ne serait-ce
que pour savoir sur
quel nombre de députés
chaque pays doit compter.
Dans le cadre de la
Présidence française,
il ne faut pas mettre
la pression mais il
ne faut pas oublier
que l'on n'a pas énormément
de temps. Il faut trouver
le bon équilibre.
Q
- Une question sur la
défense qui a
été l'objet
du référendum
en Irlande, qui est
l'un des sujets contestés
lors de la campagne,
c'est aussi une priorité
française. Est-ce
que vous entendez la
poursuivre avec la même
ambition ou est-ce que
vous entendez la poursuivre
avec plus de discrétion
?
R
- C'est bien
ce qui m'a été
demandé : j'ai
été très
intéressé
qu'un nouveau pays par
la voix de M. Rasmussen,
le Premier ministre
danois ait expressément
évoqué
la question de la défense
en disant que les propositions
françaises étaient
intéressantes,
qu'il convenait d'avancer
dessus. Mais si je vais
en Irlande, c'est justement
pour parler de cela
et comprendre le rapport
entre l'attachement
des Irlandais au principe
de la neutralité
et la politique de défense.
D'ailleurs, dans mon
esprit - je l'ai dit
au Premier ministre
irlandais qui m'avait
proposé de venir
à Paris - l'avantage
d'aller en Irlande,
c'est que cela permettra
de parler avec tout
le monde.
Q
- En anglais, c'est
le même pour beaucoup
d'Irlandais, nous disons
"no means no".
En français,
est-ce que vous comprenez
: non, cela veut dire
non ?
R
- Merci de la
traduction. Dans le
fond, je peux parler
aussi bien anglais que
vous parlez français
avec ce délicieux
accent qui m'avait fait
comprendre d'où
vous venez. Alors, non,
cela veut dire non.
Ecoutez, quand on est
président de
l'Union, on essaie de
faire d'un non une opportunité.
Cela s'appelle le pragmatisme
anglais.
Je
me sens tellement proche
de l'entente amicale
ou formidable. D'ailleurs,
vous savez, en matière
européenne, on
ne sait jamais ce qui
se passe. Tout le monde
pensait qu'on aurait
un problème avec
la Grande-Bretagne or
la Grande-Bretagne a
ratifié. Hommage
soit rendu au courage
du Premier ministre,
Gordon Brown.
Q
- Est-ce que l'on peut
considérer que
cette visite en Israël
est une visite d'exploration
en prélude au
lancement d'une initiative
quelconque sous Présidence
française de
l'Union européenne
pour faire accélérer
le processus de paix
?
R
- Ecoutez, le
voyage en Israël
est toujours passionnant.
C'est un plaisir d'aller
voir des amis et puis
il y a aussi une forme
de complexité
compte tenu de la sensibilité
de la situation politique
actuelle. J'y serai
dimanche, il sera grand
temps d'en parler. Je
veux dire que l'Union
pour la Méditerranée
veut dire la présence
à Paris d'Israël,
aux côtés
de pays arabes. J'ai
vu les déclarations
de M. Barak avec beaucoup
d'intérêt,
parlant des discussions
indirectes, pour l'instant,
entre la Syrie et Israël
et évoquant la
possibilité de
discussions directes
à Paris entre
la Syrie et Israël.
J'envoie la déclaration
de M. Barak à
tous ceux qui s'étonnaient
de la présence
de la Syrie à
Paris. Si cela pouvait
ne serait-ce que permettre
cela, ce serait déjà
un progrès formidable.
Merci à tous./.